Raid 06/07

1/2/3/4.2

La ville de Innsbruck je la connais en long et en large après quelques jours passes ici. On voit qu’il s’agit une ville orientée tourisme. On passe inaperçu par tout. On est un bon objet de consommation.

Je suis content de repartir demain sur le parcours dessiné en jaune sur la carte. Il s’agit d’un choix dicté par la prudence d’une part (sur le parcours initial le bulletin d’avalanche annonce encore un danger 4) et d’autre part par l’envie de bouger et de profiter de ces jours de beau.

Le moment de doute que j’avais en fin de semaine passée est passé, aussi grâce à la météo qui m’a confirmé que j’avais pris les bonnes décisions.

Hier un copain écrivait

« A day in Black & White ... quando la montagna dice "stai lontano dai pendii sottovento" » et je lui ai répondu « Se l’ascolti, fai meno. Ma farai sempre !!! A volte però la sensibilità, l’ascolto manca. Come con gli umani, è perdente quello che non ascolta. »

05.02

Enfin le beau tant attendu et un bulletin avalanche potable sont là. Après un bon petit dejeuner on part en direction de la cabane Postdamer. Une longue vallée avec un honorable dénivelé. Le chemin menant à la cabane est pisté et nous rencontrons du monde en montant.

Je parcours quelques kilomètre en discutant avec la gardienne de la cabane Bordier. Une bavaroise qui travaille 8 mois pour les impôts allemands et qui le reste du temps gardienne. Elle étais en balade à la Postdamer qui est aussi gardiennée par des bavarois.


Première nuit en cabane gardiennée. Les facilités amenées par le gardiennage attirent plein de clients, plus ou moins bruyant de jour comme de nuit. Cette nuit je me suis pas levé pour faire pipi, mais pour faire changer de position un ronfleur de première.


06.02

Le temps est des meilleurs. Départ vers 9 heures en direction de la Roter Kogel. On laisse partir l’équipe du ronfleur en leur laissant faire la trace.

Une montée tranquille, dans un paysage magnifique. Un court portage nous conduit au sommet. On change de vallée. La neige est plus rare sur ce versant et il faut skier avec douceur et attention. La pente devient de plus en plus raide.

Un magnifique chalet fermé nous prête son banc pour un repas au soleil. On se dirait au mois d’avril, tellement il fait chaud. On se repose un moment. On finit la descente et on monte à notre logis.

Deux jours magnifiques. Merci la nature.

07.02

Praxmar est une localité idéale pour les activités d’hiver qui ne demandent pas de remontées mécaniques. Je fais même la connaissance de suisses du Muotathal, qui discutent bien plus ouvertement à partir du moment ou je leur partage mes expériences dans la région de Stoos sur une course de ski-alpinisme et que on parle d’une connaissance commune. Drôle d’espèce l’humain.

Nous partons de bonne heure, pour la longue traversée qui nous attend. Sur notre chemins nous rencontrons des chevreuils et des flocons de neige. La météo n’est pas des meilleures, mais ai déjà vu de bien pire, donc le moral est au beau fixe.

Les paysages sont magnifiques et la solitude encore plus.

La descente se fait dans une neige cartonnée à souhait, avec un bon jour blanc, dans la première partie puis dans une magnifique neige casse jambe.


La recherche d’un lieu pour nous loger est la partie plus difficile. Incroyable comme les logements sont chers et peu nombreux. Sur la base de cet expérience nous recherchons un logement aussi pour la nuit suivante, et pas de chance pour nous. Tout est pris !


08.02

La traversée envisagée ne sera qu’un allé retour au col, faute de logement.

Prenons le bon coté des choses; nous avons monté des faces nord avec une neige magnifique et descendu des faces sud avec de la neige de mauvaise qualité, cette fois on fera aussi du bon ski.

C’est presque comme imaginé. 1200 mètres de montée sur un chemin en forêt, dense et après 400 mètres magnifiques. Dans les derniers 400 mètres je retrouve la solitude. Aller à ce col est une longue course, magnifique.


Retour au même hotel de la veille.


09.02

Pour ce jour, au vu des soucis de logement j’ai prévu un sommet dans la même vallée ou nous logeons avec une montée et une descente en face nord. Une 20 ène de personnes ont fait le même choix, mais au vu de notre moment de départ, on les croise quand ils descendent et ont passe un moment au sommet seuls. Le vent, présent tout au long de la matinée, cesse pendant que nous sommes au sommet. La vue à 360 degres est impressionante. Dans la descente nous choisissons des pentes inexplorée ou la poudreuse est magnifique.

Peu avant le dernier couloir nous échangeons quelques mots avec des jeunes allemands, provenant de la région ou il y a tant d’année j’ai appris cette langue. Encore une fois marrant ces rencontres.

Probablement c’est la dernière journée de rêve avant l’arrivée du mauvais, qui a priori durera 3/4 jours.


10.02

Le mauvais pointe, mais il nous permet une autre sortie, jolie, tranquille.

Le mauvais se confirme vraiment et nous décidons en ce jour de finir ce raid.

Mes accompagnants retrouveront leur quotidien, et moi je continue.

Ces jours de partage ont été magiques. Chacun vit et ressens ces moments en montagne différemment. Le moment des adieux, j’ai du l’abréger, car les émotions montaient très fort. Merci de tout coeur.

11/12/13/14/15.02

Le mauvais temps prévu pour les trois premiers jours de la semaine a été moins fort que prévu.

Assurément j’ai été influencé dans mes décisions par les expériences de janvier et j’ai décidé de me rendre avant la date prévue à Scuol.

Lundi et mardi je les ai passé à faire un peu de logistique; cette logistique qui fait que tu peux de nouveau paraitre en société sans avoir la pression de l’odeur.

Mercredi ai pris le train et parcouru l’engadine d’une gare terminus à l’autre, Scuol - Sankt Moritz. A l’aller ai observé la chaine de montagne de gauche, au retour aussi, toujours en regardant la direction de marche du train. Magnifiques sommets.

Je n’avais jamais fait un stop à Sankt Moritz et je l’ai regardée sans filtre, en « jugeant » ce que on me présentait. La richesse affichée dans les moindres détails. Tiens par exemple, dans les rues une horde d’employés de la commune à la chasse du moindre flocon de neige et glace, assurément pour la bonne sécurité des clients.

Jeudi ai été visiter la cabane que je pouvais observer depuis la salle du déjeuner de la pension. Ce vallon m’a déjà attiré lundi. Entre le brouillard et les flocons de neige j’avais pu admirer l’aigle. J’avais aussi vu la cabane posée sur un point de vue qui devait, par beau temps, offrir une vue magique. La bonne visibilité de mardi m’avait confirmé le tout. Un vallon étroit, en face nord, entouré de sommets d’environ 3000 m de haut. Peu fréquenté, mais tellement beau. Pas toujours accessible en hiver au vu de sa topologie, il étais important de laisser le soleil travailler pour pouvoir monter en sécurité.

Une montée comme j’aime, sans trace ou je choisi le chemin à prendre, les pentes à éviter, celles à emprunter, ou je prépare déjà la descente en cherchant ou se trouve la meilleure neige. Ou l’analyse de ce que on voit au loin, de ce que on sens sous les skis est un « continuum » de réflexion. Et tout ça dans l’effort nécessaire pour progresser. Sentir le coeur qui bat mais pas trop, le souffle qui apporte la bonne quantité d’oxygène, sans aller à l’explosion. Et l’oeil qui déniche une trace de chamois, avec la bête au bout, ou l’oreille qui entend je ne sais quel oiseau parler sa langue avec son compère.

Mais ce vallon c’est aussi la découverte, vers 1400 m, du lieu dit S. Jon. Une maison, une auberge, un manoir avec une centaine de cheveux, qui libres se baladent dans un grand plateau ou suivent les instructions de leur cavaliers. Un paradis, même si en décembre et janvier le soleil y brille seulement une 20 de minutes.


Décrire tout ces sentiments me prend du temps. Savoir ce qui réellement s’imprime dans mon coeur. Lorsque je suis seul j’ai ce temps, quand on est plusieurs c’est different. Ce jour j’ai pris ce temps, j’en avais besoins. Pour le faire me suis assis dans un point ou je pouvais observer ma ballade de hier.

17.02

Une traversée de 4 jours démarre ce jour.

De Scuol au sommet d’hiver du piz Tasma et descente à la cabane Heidelberger Hutte. Les paysages sont magnifiques et le fait de partager cela les rends encore plus beaux. Des yeux différents avec les mêmes sensibilités.

Le pas est tranquille, mais pour durer dans le temps à deux, c’est ce qui est important. C’est un des apprentissages que j’ai eu lors de l’expérience précédente.

Le soir en regardant la carte on se rends compte que nous sommes sur sol Suisse alors que tout fait penser que nous sommes en Autriche. Cabane allemande, gardien Tyrolien, prix en euro et cuisine typiquement faite pour les clients allemands et autrichien. Le gardien nous dit que depuis toujours c’est ainsi et que malgré toute apparence il est soumis aux lois suisses, droits de douane compris.

Notre sac de couchage est passé au micro-ondes. Le traitement a apparemment la capacité de tuer tout insecte qui pourrait s’y trouver en épargnant ainsi la contamination; on espère qu’ils ont fait de même avec matelas, couvertures, coussin ... le temps ou la chance nous le confirmera.

18.02

Traversée à la cabane Jamtal en passant par la Breite Krone et le Grenzeckkopf. Les deux sommets sont faciles avec peu de difficultés, mise à part la belle traversée les reliant. Pas pour tout les jours.

Descente plaisante à la cabane où l’accueil est disons peu chaleureux. Une soupe réconforte un peu, mais le ton est donné. On a bien l’impression de se trouver dans une froide caserne à la place d’une accueillante cabane. Le gardien, l’homme qui donne le ton. Peu de personnes sont présentes le soir; une équipe de finlandais, se fait bien remarquer. On verra comment ils se défendent dehors :-).

Dans la descente nous observons un groupe qui monte. Formation de base en ski-alpinisme du club alpin allemand; j’observe et j’apprend des choses. Je me dit que aux prochains cours je traiterais du thème de l’habillement et du contenu du sac en plus des sujets classiques.

Une bonne douche et une nuit dans une petite chambre font du bien. C’est l’avantage de ces cabanes - hotels.

19.02

Nous nous rendons à la Wiessbadenerhütte en passant par la Dreilanderspitze (Suisse, Tyrol et Vorarlberg). Un joli sommet avec un final aérien. Crampons, piolet sont nécessaires en hiver. Corde, baudrier sont un plus agréable.

La première partie de la montée se fait sur glacier. Des panoramas magiques et magnifiques. On me demande souvent à quoi je réfléchis quand je monte, quand je marche. Je suis dans l’élément et je l’observe avec tous mes sens, simplement. Tous ces capteurs amènent de l’information qui, en fonction de sa pertinence, est utilisée pour me faire progresser en sécurité. Il n’y a pas d’espace à une quelconque autre réflexion.

En avançant ainsi j’oublie les pauses. Mes excuses !

En descendant du sommet nous retrouvons nos amis finlandais, du moins le guide et deux valeureux, les autres montant la garde au parc des skis. Le guide avance avec puissance trainant les deux clients. La aussi j’apprends des nouvelles techniques de progression. Plus bas une pause nous permet d’admirer le paysage. Je cherche la bonne neige pour la descente et je scrute la vallée d’en face pour préparer la montée du jour suivant. Il faut dénicher le meilleur tracé permettant de monter sur le glacier en passant sous une longue barre de séracs. Ayant déjà passé par la dans le passé je suis facilité, mais la topographie change.

Nous prenons une Radler sur la terrasse de la cabane. Le soleil nous réchauffe agréablement. Gentiment nous prenons nos quartiers dans la cabane ouverte depuis peu.

Le soir à table nous nous retrouvons avec un couple d’allemand et deux amis bavarois. On rigole bien.

20.02

Traversée à Klosters via le Silvrettajock. Nous sommes les deuxièmes au petit déjeuner. Ce n’est pas avec ces repas que je grossis. Les jeunes bavarois sont en route pour le piz Buin, en suivant les traces; mais est-ce les bonnes ? Bizarrement ils poursuivent une chemin different du notre, pourtant la première partie est commune. Je réfléchit à mes erreurs d’orientation et aux leçons que j’en ai tiré, et au fait que des fois je me fais encore avoir, surtout quand je fonce tête baissée. La pente après le col passée, les émotions sont fortes chez moi. Je viens sortir d’Autriche et dans quelques km je serais à moitié de mon trip. Je suis très ému.

La beauté de la neige et de la descente me laisse sans mots. Un peu de ski de fonds nous amènent, pour finir à Monbiel, vers Klosters.

Je n’aime pas les séparations, celle-ci en particulier. Quatres jours de bonheur absolu. En moi vit un rêve, depuis longtemps. un grand merci.

21/22/23.02

Séjour très, très agréable à Coire avec plein de surprises.

Visite à l’hopital pour mon traitement des 8 semaines.

Logistique pour préparer les prochaines étapes qui nous amènent à Airolo.