Raid 08/09

21/22/23.02

Séjour très, très agréable à Coire avec plein de surprises.

Visite à l’hopital pour mon traitement des 8 semaines.

Logistique pour préparer les prochaines étapes qui nous amènent à Airolo.

24.02

Deux nouveaux compagnons de voyage m’ont rejoint. Je me réjouit de partager ces étapes avec eux qui nous amènerons de Klosters à Airolo. 11 jours c’est long et je tiens compte de mes expériences précédentes et j’avance d’un pas régulier et calme, comme dans ma planification.

L’arrivée de nouveau compagnons apporte son lot de questions sur mon projet. Les réponses, je remarque, restent sur le fond identiques, nuancées par les expériences vécues.


Le Vaudois, que j’ai connu lors d’un cours avancé de ski-alpinisme organisé par le Cas Ticino, souhaite prendre un peu d’expérience et je lui cède volontiers le rôle de conduire, tout en regardant de loin. Je partage un peu de mon expérience, dans le désordre, mais peu importe. Dans la montée et afin de répondre au mieux à sa demande, j’organise mes idées et me fait la table des matières des thèmes; on a le temps ces prochains jours. Maintenant je comprend l’intérêt qu’il avait montré à avoir les parcours gps.


Le repas au col est bien venu et nous échangeons un moment avec deux locaux qui nous ont rejoint.

La descente en face sud n’est pas optimale et la bière à Tchuggen est bienvenue.


Les émerveillements générés par la vue des paysages sont nombreux; simplement beau de les partager. La tradition veut que chacun photographie dans le courant de la journée et que le soir on échange les photos et on les visualise. Une richesse dans l’échange; mes compagnons me parlent de la tente que nous avons croisé vers un alpage ! Je tombe des nus, car je ne l’avais même pas vue.

25.02

L’arrivée à la cabane Grialetsch et le premier contact avec le gardien confirme l’impression que j’avais eu au téléphone. On a l’impression de se trouver devant le grand-père de Heidi, pour ceux qui connaissent l’histoire. La cabane est gérée à l’ancienne, quand l’alpiniste/ski alpiniste n’étais pas encore considéré comme un client. On peut beaucoup se questionner sur l’évolution de ce monde et les avis ne sont certes pas unanimes. Pour ma part je préfère un certain confort, et je suis pour la modernisation des cabanes et de leur gestion.


En montant en direction du Rothorn Furrga et malgré le beau et le gps on discute le choix du parcours. Transposer les informations lues sur une carte dans le terrain n’est pas toujours évident.

C’est une thématique qui est difficile à transmettre. Je me rappelle des nombreuses heures passées dans le jura vaudois à m’entrainer à ça. Et malgré ça, en Autriche, je suis descendu une centaine de mètres sur un mauvais versant, avant de rebrousser chemin, pas convaincu de mon choix.

Je laisse consciemment faire des erreurs tant qu’ils ne sont pas dangereux. Je suis intimement convaincu que dans le domaine du choix de la trace et de l’orientation c’est le meilleur moyen d’apprendre.


Le col de la Fluela est déneigé et la route entre Tschuggen et ce col est fermée au profit des tests BMW. Heureusement pour nous pas de tests. Marrant de voir ces cols sans monde. Parfois on devine la route, soit par les formes façonnées par le vent, soit par les piquets plantés dans le but de faciliter l’ouverture.

La solitude nous donne l’opportunité de profiter un max des paysages et de la nature.

Du col à la cabane on peut profiter des pentes raides à souhait et de la neige de printemps.

26.02

Petite montée en direction du Piz Grialetch, descente et longue montée vers la cabane Kesch gérée de manière moderne.

En ce jour la course est très sauvage car nous ne rencontrons personne sur le parcours. Les chamois se nourrissent sur les pentes ou des avalanches de fond sont descendues et les traces d’un carnivore sont croisées par les nôtres. Quel est l’animal ? Renard ? Loup ? Lynx ? Notre imaginaire et notre méconnaissance nous laissent rêver.


Le repas est d’une qualité remarquable. La tranche de pain frais fait maison est exquise. Le gardien s’occupe du service et du contact avec les clients. La gardienne est aux fourneaux, elle me semble bien fatiguée. Je rentre dans sa cuisine en fin de repas pour la féliciter personnellement.


L’acquisition d’expérience continue. Trace et orientation sont les thèmes. Cette fois l’orientation se fait uniquement avec la carte, la boussole et l’altimètre.

Dans la cabane nos respectives langues maternelles sont parlées par les groupes présents. Les échanges respectifs sont très orientés.

La projection du film « coucher de soleil, un spectacle à couper le souffle » nous accompagne pendant une bonne demi-heure. Les photos prises rendent un peu compte de la qualité du spectacle. Magique mélange de couleurs et de dessins dans le ciel. Le spectacle est bouleversant et les émotions sont fortes.

27.02

De la cabane Kesch à Preda en passant par la Porta d’Es-Cha, la cabane Es-Cha, la Fourcla Gualdauna et le col de l’Albula.

On utilise notre matériel technique pour le glacier et la Porte.

On croise une équipe vaudoise et mise à part eux, personne.

Le passage de la Fourcla est très interessant; son identification d’abord, s’imaginer de le monter après aussi. Pendant la pause après la Porte je l’ai longuement observé. Du haut en bas et sur la carte en cherchant ses points faibles et en dessinant la montée. Je sens mon apprenant un peu tendu. Dans ces moments il est important d’intégrer les faits de manière analytique mais d’écouter aussi ses tripes. S’il ne se sent pas de tracer j’irai devant. On parle analytiquement et on parle des tripes aussi. On se lance un petit défi dans le bas de la face sur le nombre de virages nécessaires pour sortir au col. 30 minutes après on observe la descente, les pentes déjà vertes nous dirigent dans la descente. La neige en face sud est comme en avril. Il fait très chaud lors de notre arrivée à Preda.

Notre pension est bien particulière. Un groupe du club alpin de Zoug dirigé ´militairement’ et deux familles de Winterthur y sont logés. Dans les espaces communs on se sent comme à la maison.

Nous bousculons un peu la maitresse de maison en lui demandant un petit-déjeuner très matinal, mais le parcours du jour suivant et les températures ne nous laissent pas le choix.

28.02

De Preda à la chamanna da Jenatsch.

La montée se fait dans un vallon à l’ombre. La descente, et son point clé notamment dans une pente sud. Le point clé, 200 m à 35/40 degrés. En ce point la neige est parfaite, pas trop molle, pas trop dure et nous le traversons sans soucis. Les autres points de clés dans la montée sont bien gérés aussi.

La zone de protection longeant tout le parcours de montée ne nous a pas délivré ses secrets. J’ai pourtant cherché un bon moment, mais non.

A la chamanna da Jenatsch nous sommes accueillis dans le vrai sens du terme. Le gardien aime bien parler et faire parler (http://www.jenatsch-huette.ch/Aktuell/Heute_in_der_Hueette). Le couple qui gère la cabane est à son dernier hiver et des l’été ils vont gardienner une cabane dans le canton de uri (https://www.huefihuette.ch/Neuigkeiten/). Je vais certainement leur rendre visite.

Le souper et le petit déjeuner sont aussi exceptionnels en qualité. L’équipe de la cabane juste avant le souper se présente, elle présente quelques hôtes et donne ensuite toutes les informations importantes; une belle manière de faire selon moi.

01.03

Ce jour et demain sont prévus des jours courts avant 3 grosses journées.

La météo se prépare à changer ! En février 2 jours de mauvais, 26 jours magnifiques et une situation avalancheuse plus que confortable. Une perturbation arrivera la semaine prochaine et on verra ce qu’elle apportera.

Nous logeons à Bivio, après avoir passé par la Fourcla d’Agnel et rejoint le col du Julier, ou un Russe nous a pris en autostop direction Bivio.


Avec mes compagnons de route on rigole bien entre autre. Merci de tout coeur.

02.03

Départ de Bivio en direction de Juf, le plus haut village habité des alpes (2004 m) il parait. Traversée tranquille sans enjeux dans les conditions du jour. La nature nous offre son spectacle. Les bouquetins se nourrissent tranquillement sur les pentes herbeuses. Les petits, les grands tous ont droit à leur portion. Et nous ont fait les curieux.

Deux jeunes nous rejoignent chargés comme des mulets. Ils vont construire un igloo et y passer la nuit. Belle expérience aussi.

Cette traversée nous initie aux joies des canyons miniature. Les premiers d’une longue série.

La descente n’est vraiment pas une partie de plaisir. La neige est très dure et nous demande une grande attention. Un bon café en attendant le car postal qui nous amène à Innerferrera.

De petites plaques à vent se sont formées et le terrain est idéal pour montrer comment, en les provoquant, elles se fissurent.

L’hotel, rénové par la commune, est géré par un couple de hongrois. Un sens de l’accueil hors pair.

03.03

Je suis un peu tendu intérieurement pour cette journée. La journées est longue et il y a des passages techniques à franchir. Descente dans des pentes à 40/45 degrés, neige très dure et recherche de parcours fine, précise.

Rythme, il faut donner du rythme. Rythme n’est pas à confondre avec vitesse. Rythme est une certaine vitesse qui est continue dans le temps; pauses toutes les heures et demie, recherche du parcours en marchant, prises de photos aussi. Dans le temps prévu on arrive au sommet de ntre montée.

Le dimanche en Italie tout le monde sort et sans en être conscient nous arrivons à un point très prisés par les aimant de notre sport. Ils montent en file indienne, bruyants. On repart à la descente et là je prend la direction fine des travaux. Je me suis posé le défis de rejoindre le Splugenpass sans remettre les peaux d’une part et d’autre part la partie délicate commence.

Je demande de la concentration à mes compagnons. Je le fais par acquis de conscience, tout en sachant qu’ils mesurent les enjeux.

On arrive au col, et je suis content. Tout c’est passé comme prévu et bien. Un des points plus délicats de la traversée est derrière.

Dans la montée des corbeaux attirent notre attention. Curieux je m’approche. Une carcasse d’un vieux bouquetins se trouve dans la neige. Restent des os et les cornes; il s’agit, si j’ai compté juste d’un exemplaire de 17 ans, probablement emportée par une avalanche. Par son décès l’animal a participé et participe à la chaîne alimentaire. Il restera là pour les autres.

A Splugen on retrouve des amis du cas ticino en vadrouille au piz Tambo.

On organise notre transfert de demain à Interrhein en tenant compte que nous devons traverser la place de tir avant 13h et que la météo sera mauvaise en deuxième partie de journée. Une cabane peut être de support au cas ou la réalité est différente de la prévision.

04.03

Peu après notre transfert au milieu de la place de tir le chef de la sécurité des lieu nous rejoint. Nous sommes « chez lui » et il faut le rassurer, le pauvre. Lui dire, que nous ne retournons pas en arrière dans sa zone de tir et que si jamais on se rend à la Zapporthutte. Il omet de nous dire que cette cabane est gardiennée, que un soldat veille à la sécurité et que on peut communiquer avec lui à partir de cette cabane. Ca m’énerve, comme ca m’énerve qu’ils empêchent les gensnte de passer dans cette zone sans avoir une activité réelle.

On monte avec rythme. Le ciel de bleu passe au gris, la visibilité diminue, le brouillard fait son apparition et la force du vent augmente. Il deviendra tempétueux vers midi.

Prudents on décide de replier sur la Zapporthutte. On nous réserve un chaud accueil et on passe l’après midi en jouant aux cartes, en lisant et en papotant.

On apprend que deux français qui font la traversée des alpes sont passé la nuit précédente et qu’ils traversent sur la cabane Adula armés de gros sacs.

05.03

Un souper et un petit déjeuner de qualité nous donnent les énergies pour affronter la longue traversée qui me permettra de poser mes pieds sur territoire tessinois. Au passage de l’Adulajock les larmes coulent. Mes compagnons me laissent tranquille. La première fois que j’avais mis les pieds ici c’étais en juillet 72. Celle-ci est la cinquième fois; chaque passage ici est inscrit pronfon en moi.

La journée est magnifique et nous pouvons observer loin, très loin les montagnes sur 360 degrés. Mais la journée est encore longue. Je rythme.

Mes compagnons sont content de passer ce jour le col et on imagine la situation du jour d’avant.

Cabane Adula, val Carassina et pause. On rigole bien dans cette pause active. Séance de skating et ensuite marche. Campo-Blenio et pause. Montée à la Bovarina.

La journée est longue et magique mais les yeux brillent par les plaisirs et les émotions vécues.

La cabane est chaude. On a rattrapé les français. On parle de leur traversée dans le mauvais, des difficultés qu’ils ont eu, du matériel perdu à cause du vent; on a pris une bonne décision le jour d’avant. Dans la bonne humeur mes compagnons préparent leur premier souper lyophilisé.

Les corps sont fatigués.

On prépare le trajet qui nous mènera peut-être à Airolo, car la météo annoncée n’est pas des meilleures. Des variantes sont aussi évoquées.

06.03

0715 on pars de la cabane avec le beau au sud et le gris au nord. Le vent augmente doucement.

C’est notre dernier jour, et on est un peu lents, comme si on ne voudrais pas que le raid se termine. Au col on se retrouve avec les Francais. On descend ensemble sur les lambeaux de neige restant et on se retrouve sur la route du col du Lukmanier en marchant un bon bout. Le mauvais est là avec la famille au complet. On discute et on arrête là. Descente à Olivone et après chacun repars à ses occupations et moi je continue. Encore une fois et comme à chaque séparation je suis très ému. Du fond du coeur je remercie ces personnes qui ont pris du temps pour moi.


Je retrouve mes parents au chalet. Je parcours mon trajet en commentant les photos. Il est 21h et on soupe. Du jamais vu !!!