Raid 13

28.03

La journée de l’évènement inattendu.

Le matin je continue dans la préparation de l’avant dernier raid qui m’amènera à Larche. La neige sera un peu absente dès 2400m sur les flancs sud. La météo s’annonce assez bonne sauf pour les deux derniers jours du raid et pour les deux premiers jours je serais accompagné. Après je retourne dans la solitude que j’ai connue au début du raid.

Dans l’après midi mes compagnons de voyage me rejoignent et avant le souper on part faire un tour du village. On flâne sur une terrasse et on rentre à l’hôtel pour préparer les sacs et se reposer un peu.

On se donne rendez-vous à 18h50 pour aller souper.

En regardant les messages whatsapps je n’arrive pas à retenir mes émotions. Je pleure de joie.

Je vous avais indiqué en me présentant que la relation avec mon fils était un sujet de douleur profonde pour moi. Ce jour j’ai eu le plaisir de lire un message de sa part disant qu’il souhaitait reprendre contact avec moi et me revoir.

Lorsque j’avais préparé mon voyage j’avais réfléchi aux sources possibles d’arrêt de celui-ci. Celle-ci en était une.

Je lui communique que je suis disponible dès le dimanche 31.03. Il m’indique qu’il est disponible vers la mi-avril.

Théoriquement comme me suggère un cher, ça me laisse le temps de finir mon voyage.

29.03

Avec mes deux compagnons débutants vers les 8h on démarre notre périple en direction du Rifugio Re Magi. Notre objectif de la journée se trouve sur un territoire Français mais restant géographiquement et culturellement Italien. C’est l’histoire d’un partage de territoire après la dernière guerre.

A la montée je décèle la gravité de la souffrance aux genoux d’un des deux. Je cherche la trace la plus plate possible, avec dans la mesure du possible aucune conversion. Il avait bien pris garde de me communiquer son état, mais j’ai vraiment percuté en le voyant marcher. Les quelques mètres à franchir à pied sont un véritable calvaire pour lui.

En voyant les quantités des neiges qui se trouvent plus en bas du refuge, je cherche des solutions pour le jour suivant car les heures de marche semblent importantes.

Les genoux de l’un, les cloques de l’autre et ce n’est pas fini.

Mon cerveau, avec les informations que j’ai, me dit de continuer mon trip ; je m’obstine à ne pas écouter mon cœur qui lui, veut au plus vite être à la maison, prêt et disponible à répondre à l’invitation de mon fils.

Ma première nuit a été bien courte, pourtant était seul dans ma chambre. Cette nuit-là est une horreur. Le délicieux souper ne passe pas et ce n’est pas à cause des excès. Le cœur parle, il parle fort et fait sentir au reste du corp qu’il n’est pas d’accord. Tout sort.

30.03

Le matin je suis épuisé. Je ne pourrais pas réaliser la deuxième étape et j’emprunte, comme mes deux compagnons la sortie de secours. Il est 11h et je me couche dans un lit à Briançon pour récupérer un peu.

Dans l’après-midi, car mon cerveau n’as pas encore compris, je cherche des solutions, pour aller plus vite à la cible, Menton.

Le cœur se rebelle, je passe la fin de l’après-midi et la nuit à me tordre de douleur dans le lit. Entre deux, je dors.

Dans le voyage qui nous mène à Briançon nous croisons des migrants qui « équipais » pour le froid cherchent de passer en France en déjouant tout système sécuritaire. Quel parcours de vie qui ont ces jeunes.

Mes deux compagnons eux profitent de la ville.

31.03

J’avale mon premier biscuit depuis 36 heures sur une aire d’autoroute à une demi-heure de Genève. Mon estomac se dénoue un peu depuis que j’ai officiellement pris la décision de rentrer. Le cœur a aligné tous les acteurs, le cerveau notamment.

Je suis content d’être ici, proche de mon fils. Il sait que je suis physiquement là et c’est ce qui étais important pour moi.

01/02/03.04

Proche de mon fils je peux échanger avec lui et on fixe la date de notre première rencontre. Je suis en paix.

Ma famille, mes amis proches, par leur discussions me montrent des facettes différentes du prisme que je tiens dans les mains. Merci de tout coeur.

Je me rétablit doucement et je prépare la fin de mon périple en tenant compte de :

  • La date fixée avec Andrea
  • La date du traitement médical
  • Le manque de neige. Les amis français me disent que dans les étapes les menant de Briancon à Larche ils ont portés plus les skis sur le dos que aux pied.
  • La météo qui pour le moment est mauvaise

Je vais échanger les skis par le vélo avec départ de Bardonecchia samedi matin.


Je me lance dans la préparation.

  • achat du billet de train pour Bardonecchia
  • préparation du vélo et de son équipement et là je suis un junior :-)

04/05.04

Finalisation de la préparation.

05.04

Le trajet entre la maison et la gare de Assens est mon entrainement au vélo cette année. J’ai peu d’expérience dans ce domaine et la préparation du sac est au feeling.

Le jour d’avant au magasin de vélo on voulais me vendre tout ce qu’il y a dans l’armoire du cycliste pro. J’ai poliment décliné l’offre. Ça allait des chaussures thermiques au pantalon thermique avec une couche hautement respirante en gorotex, aux gants double couche pour le chaud et pour le froid. Bref c’est peut-être pas la saison du vélo ...

Pour le train c’étais un peu le même business. A priori, d’après les cff de Lausanne et après une heure entre attente et consulting, je n’arriverais jamais à Bardonecchia avec un vélo dans le train.

Je pacte le vélo dans un sac pour qu’il soit traité comme un bagage des la montée dans le leb.

Je descend à Bardonecchia à 17h30 sans avoir eu le moindre problème.

Je me rend à mon hotel.

Entre le patron, au fourneau, et la patronne au service c’est l’amour dynamique. Les mots échangés sont du peu cordial à franchement détestables. La cuisine pimentée est par contre excellente.

06.04

40 km et 1000 m de montée me séparent de Briançon. Une halte café au sommet du col pour me sécher un peu et m’habiller pour la descente. Les habits choisis font l’affaire. Seuls les pieds souffrent de froid.

Les jambes vont bien, les fesses, une autre histoire.

Visite et repas dans la vieille Briançon. Ce repas a été un moment d’échange incroyable avec les 6 autres clients, tous des habitués. Le sujet, la pêche à la mouche.

Je dors dans l’hotel fréquenté la semaine passée.

07.04

50 km et 1000 m de montée me séparent en théorie du refuge Napoleon du col de Vars. J’arrive fatigué et refroidit au refuge. Il neige. C’étais bien 50 km mais 1800 m de montée. Avais juste oublié de calculer les petites montées et descentes qu’il y avait entre deux. Douche, dodo.

Un lieu plein d’histoire ce refuge. Il faut savoir que dans le temps la gestion du refuge étais certes bien rétribuée, mais impliquait un nombre de contraintes importantes, comme la présence obligatoire et tout temps ou le son de la cloche tout les 15 minutes en cas de mauvais temps.

08.04

J’attend que le soleil réchauffe le goudron. Il fait bien froid ce matin.

Une petite montée, une longue descente et une montée tranquille. La route, fréquentée par quelques camions est bien roulante.

Dans la dernière montée je m’arrête boire un café. La patronne, suisse de Montreux, a encore le bon accent qui caractérise les habitants du canton.

Un message de la patronne m’indique qu’elle passera plus tard. Je m’installe, je récupère mes cartons et je me lance dans mon quotidien de fin de raid.

Le 14ème raid c’est le dernier. Il se fera à vélo, comme déjà dit, car la neige manque.

A priori vendredi je serais à la mer.

Le petit séjour à la maison m’a permis de comprendre, en partie en tout cas, le pas qui m’attend pour revenir dans la vie réelle.